J’ai mangé un Temesuari Bordaszelet avec Marcell Szabó et Tibor Dede

 

 

 

 

 

Paprika de Tibor Dédé venu tout droit de Budapest

Je n’ai pas gardé un souvenir exceptionnel  de ce que j’ai mangé lors de mon dernier voyage à Budapest (tournure polie pour dire que tout ce que j’y ai mangé était spécialement dégueulasse).

C’est pour cela que lorsque que mon amie Laurène m’a présenté  Marcell Szabo, jeune poète hongrois, je l’ai supplié de me préparer à dîner, histoire de ne pas rester sur une mauvaise impression. Je reste aussi convaincue qu’un plat à base de paprika ne peut pas être foncièrement mauvais et  qu’un pays aussi beau  que la Hongrie doit forcément engendrer des plats plus savoureux que des croissants à la bolognaise.

Rendez-vous donc deux semaines plus tard, un samedi soir dans l’appart de Tibor avec Marcell et Laurène. Tibor et Marcell se sont rencontrés il y a quelques années à Budapest par des amis communs, ils se sont recontactés par Facebook il y a quelques mois quand Marcell a débarqué à Paris pour ses études. Tibor y habitait déjà.

Pour Marcell, il n’y a pas de cuisine hongroise.  Il veut dire par là que la cuisine est à l’image de son pays : elle a subi des invasions, des changements de frontières, des  annexions, rien n’est vraiment « purement hongrois, ce sont des plats volés, on y  mélange plein de choses». Il admet cependant que « s’il n’y a pas de paprika dans un plat, ce n’est pas un plat hongrois ».  D’ailleurs pour Tibor on ne trouve pas du bon paprika en France, il rapporte le sien de Budapest. En Hongrie il en existe deux sortes : du pimentés et du doux.

En insistant un peu, les deux amis évoquent aussi le Rant Ott Hus, escalope de poulet panée et purée faite maison, plat traditionnel du dimanche en Hongrie préparé par « nos mères ou nos grand mères ».

La différence entre la nourriture française et hongroise ? Le petit déjeuner déjà. En Hongrie il est à 99 % salé avec des crudités, du saucisson, du fromage. Et leurs croissants ? Ils en ont depuis 10 ans « mais attention ce sont des croissants avec une sauce pizza». Marcell aime manger en France « les quiches lorraines, le foie gras, le fromage et le vin, le camembert qui coule ». Tibor précise qu’« il y a aussi de très bons vins en Hongrie »  dans la région de Somló où l’on trouve du « super vin blanc ».

Tout en discutant et en buvant du vin et du calvados (Tibor n’a pas pu rapporté de palinka* lors de son dernier séjour à Budapest) les deux amis s’activent en cuisine : Tibor fait chauffer des côtes de porc à la poêle,  bouillir des haricots verts et revenir des pommes de terres sautées tandis que Marcell va vérifier si la pâte pour le gâteau a levé… Ce n’est pas le cas, elle est tout plate : « c’est normal j’ai mis trop de farine ». Il va donc racheter de la farine et recommence l’opération.

Tibor est venu en France car sa sœur y habitait depuis 6 ans,  elle est mariée à un français et a un enfant. En arrivant à Paris, il a travaillé au Carrousel du Louvre  comme serveur dans la restauration rapide : « un boulot un peu chiant où tu n’as pas besoin de réfléchir »… Récemment il a été barman au Volnay, un bistrot « chic et cher » mais il a quitté ce job ennuyeux : « 40 % du boulot consistait à essuyer les verres ».  Ce qu’il aimerait lui, c’est être serveur dans un resto bon et sympa. Il ne se voit pas vivre sa vie en France, il compte retourner vivre à Budapest quand il aura économisé assez d’argent.

Marcell, lui, a toujours rêvé de vivre à Paris, il est arrivé en septembre. Il est étudiant en master à la Sorbonne où il écrit un mémoire de littérature comparée sur la poésie de Christophe Tarkos et John Ashbery. Il est aussi serveur deux jours par semaine dans une pizzeria à Neuilly Sur Seine. Il aimerait rester à Paris pour la fin de son master et pourquoi pas un doctorat.

Le plat est prêt : des côtelettes de porc au paprika et des pommes de terres sautées savoureuses. Tout cela arrosé de vin, pas hongrois malheureusement mais français et argentin. La pâte n’ayant finalement jamais gonflé, on laisse tomber le dessert hongrois (c’était censé être de petites boules cuites à la vapeur avec à l’intérieur de la confiture de prune).

À la place Tibor nous propose du « Space Cake » qu’un ami lui a envoyé par la poste de Budapest. Évidemment toujours prête à tenter une nouvelle aventure, j’en mange plein malgré les avertissements,  fanfaronnant en disant que cela ne me fait aucun effet… Grossière erreur, chez moi dans mon lit, je vois des animaux étranges et mon repas hongrois valse aux rythmes des flashs colorés.

La boucle est bouclée.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s