
Avouons-le : Le foie de morue n’est pas un aliment qui véhicule vraiment du rêve. On imagine difficilement des scènes telles que :
« Hé les potes, qu’est- ce qu’on pourrait se faire pour l’apéro? »
« – Ah je sais : des tartines de foie de morue » « –ouaiiiiiiiiiiiiiiiiis super ! Foie de morue ! Foie de morue ! Foie de morue !»
Non, la réaction d’une personne saine d’esprit serait plutôt « bouarg, beurk, bof quelle idée tordue… Arrêtes ton char et ouvre donc ce paquet de Monster Munch »
Déguster du foie de morue a donc tendance à être une activité plutôt solitaire et ça, Caroline Geffriaud, en sait quelque chose. Elle en mange de moins en moins, en grande partie car elle ne trouve personne avec qui partager le contenu de sa boîte Officer*.
*Officer, boîte de foie de morue vendue dans les monoprix, fournisseur officiel de la cour du Danemark !
J’ai donc décidé de tenter de percer ce mystère et d’en goûter avec elle et ses deux colocataires qui, elles aussi, trouvaient cela –à priori- dégueulasse.
Dans leur appartement, rue du Cardinal Lemoine, les trois coloc’s partagent un frigo dans lequel elles ont chacune un étage. Sur celui de Caroline il y a toujours du gaspacho et, le jour de ma visite, des germes de roquettes étranges. Sinon, quand elle mange chez elle, c’est très souvent des pâtes avec de la sauce ou du beurre salé.
Dans son placard, il y a bien sûr, toujours une ou deux boites de foies de morue et aussi des sardines à l’huile et du maquereau à la moutarde.
D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, cette jeune architecte freelance, a toujours mangé du foie de morue : « Je suis née avec le foie de morue». Elle, qui enfant, boudait les fruits et les légumes et qui était réputée pour « être une mangeuse difficile » adorait déjà les huîtres et demandait du rabe de foie de morue à l’apéro (« j’étais une enfant étrange »).
Elle a eu un déclic « légumes » vers 15 ans lors d’un voyage en Grèce, où elle a découvert les légumes grillés… Elle mange maintenant de tout avec un gros penchant pour le bœuf et une passion sans bornes pour les fruits de mers, notamment les langoustines. Elle en mange peu à Paris, mais se rend très régulièrement dans sa maison en Bretagne, à Locmariaquer près du Golfe du Morbihan et de la Trinité. Là-bas, elle se gave de langoustines « beaucoup moins chères qu’à Paris ». Et elle pêche la palourde, qu’elle mange fraîche à l’apéro, ou au four cuite avec du beurre.
Elle fait aussi son propre tarama «très simple » : elle achète une poche d’œufs de cabillaud, enlève la peau puis effrite les œufs dans un bol où elle rajoute de la crème fraîche bien épaisse, du citron et du poivre. Elle écrase le tout à la fourchette et le tour est joué.
Mais revenons à notre morue.

Dans la cuisine, Caroline découpe du pain frais. Elle sort sa boite d’Officer du frigo (il faut la mettre 20 minutes au frais avant dégustation) et vide l’huile dans l’évier. En tartinant le pain de foie elle me dit « hum c’est trop bon, il faut vraiment que vous goûtiez, vous allez être surprises ».
Un peu de poivre, de citron et nous dégustons ces tartines de foie avec un muscadet blanc.
Et effectivement, malgré la texture un peu rebutante, le résultat n’est pas si mauvais. Même si j’ai tendance à penser que le citron et le poivre y sont pour beaucoup. Le père de Caroline, breton d’origine, rajoute même du beurre salé sur ses tartines de foie…
Pour finir, la moruephile nous livre ses bonnes adresses parisiennes. Et là plus rien à voir avec les fruits de mers ou le foie de morue : mais de la nourriture basque, thaïlandaise et coréenne ! Elle nous recommande d’abord Chez Gladines, sur la butte aux cailles dans le 13ème arrondissement de Paris : « C’est une sorte de cantine basque où l’on mange du confit de canard, des pommes de terres au cantal et des superbes salades, les portions sont énormes, les prix très bas et l’ambiance folle. Il y a énormément de monde et ce n’est pas possible de faire des réservations, du coup les gens y vont, donnent leurs noms, et attendent qu’on les appelle en sirotant dans le bar d’en face des pastis à deux euros. »
Autres adresses près de chez elle dans le 5ème : un thaïlandais, rue d’Arras où elle va pour le poulet au curry vert et un coréen qui porte très bien son nom : « Miam miam » où « les raviolis grillés et les bobuns sont délicieux… »
Caroline est une mangeuse baroque : du foie de morue aux nems, sans même parler du pâté d’ours qu’elle a goûté à Helsinki, de la viande de rennes qu’elle a dégustée aux Etats-Unis ou des steaks de cheval que ses parents lui cuisinaient enfant. Elle n’hésite pas à tester de la nourriture forte que certains qualifieraient d’étrange, d’insolite voire de biscornue…
Ses adresses :
Chez Gladines, 30 rue des Cinq Diamants 75013 Paris
Baan sompong , 5 rue d’Arras, 75005 Paris
Miam Miam, 6 rue Thouin, 75005